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ثقافة Etats d’exception de l’artiste peintre Thameur Mejri : Tels des geysers qui ne supportent plus les pressions

نشر في  03 أفريل 2021  (11:36)

Quand on prend son revolver et qu’on tire à bout portant, s’opère face à soi cette explosion de bouts de corps, de fragments colorés, de morceaux de souvenirs, d’objets d’enfance et autres images enfouies au gré des jours dans un recoin de l’esprit.

A l’instar de cette déflagration haute en couleurs et en formes, l’artiste peintre Thameur Mejri, nous convie dans son exposition intitulée « Etats d’exception », au cœur d’un éclatement coloré, au centre d’une profusion violente à souhait. Il y a dans ses peintures cette mise à nu de mondes cachés. Ceux de l’enfance, des contes, du corps mais aussi ceux de la représentation des ordres sécuritaires, médiatiques et religieux. Pistolets, matraques, écrans de télé, et autres symboles cultuelles en sont les principaux marqueurs.

Cette mise à nu à pour point de départ « une centralité » qui est portée au cœur de la proposition artistique de l'exposition. Centralité du tableau, de l’être, du pouvoir et celle du monde tout court, que Thameur Mejri fait voler en éclat. Manettes, marelles, fleurs, chaussures de sport, petits bonhommes, fragments de corps sportifs, revolvers, organes sexuels, animaux divers, objets géométriques et autres crânes d’une finitude explicitée, se retrouvent dans un état d’éclatement général. 

La tension qui accompagnait ces différents objets concentrés et libérés d’un coup, nous ramène aux sociétés d’aujourd’hui avec leurs bouillonnements technologiques, leurs concentrations de pouvoir, leurs dominations médiatiques, leurs folies monopolistiques, leurs idéologies exclusives, et qui à force d’être compressées, quadrillées finissent par partir en éclats. Tels des geysers qui ne supportent plus les pressions qui leur sont exercées.

Mais avant l’éclatement fusionnel raconté en une quinzaine de tableaux approximativement, Thameur Mejri tente d’instituer un pré- équilibre, celui d’une virginité d’avant le chaos –ou qui peut lui succéder aussi- à travers trois toiles de très grands formats qui ouvrent l’espace de l’exposition.

Toiles immenses, résiduelles, libérées de tension, oniriques par moment et fabulatrices par d’autres. Les sujets de l’une des toiles osent même un prolongement, un dépassement sur les murs d’à côté et à même le sol. Les dessins de fleurs et d’animaux évoquent les contes de Kalila wa Demna et à travers eux l’allégorie du monde des humains et celui de la politique. Le ton y est léger, aéré, gribouillé sans contraintes majeures et l’espace clair se laisse observé en toute quiétude, en bon enfant.

A quelques mètres, le cheminement de l’exposition et celui de la galerie menant, prend place ce basculement vers la couleur et vers la concentration des pouvoirs, quel qu’ils soient, ceux qui aliènent l’homme, qui le soumettent, qui l’oppressent jusqu’à l’inévitable déflagration.

L’exposition « Etats d’exception » se poursuit jusqu’au 2 mai 2021 au B7L9 Art Station situé à Bhar Lazreg.

Chiraz Ben Mrad

Photos publiées sur la page de B7L9 Art Station